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Les Avents, qu’est-ce que c’est ?

Les Avents, c’est d’abord ce qu’on en voit, c’est-à-dire une association œcuménique de laïcs qui organise une session annuelle, avec un fort taux de fidélité. Ainsi décrite, notre association n’apparaît pas très différente de celle de l’Amitié-Rencontre entre chrétiens, plus ancienne. Pourtant, les deux ont une histoire et des sources différentes.
Pourquoi « les Avents » ? Qu’est-ce que ce pluriel ? On nous pose souvent la question. L’origine est dans un vers de Frédéric Mistral : « Le vent qui souffle aux Avents ». En occitan on parle du temps de l’Avent au pluriel. Les fondateurs de notre association ont pensé que c’était une façon intéressante de signifier la diversité des venues du Seigneur dans notre vie à tous. « Le Christ... vient chaque jour. Nous devons toujours être en état d'Avent ».


1. Les sources
1.1. Il y a un fondateur : le Père André Fabre (1900-1983). C’était un personnalité originale : un prêtre cultivé, formé en théologie, originaire du Tarn, pour qui la captivité à l’Oflag IVD (Elsterhorst, dans la région d’Hoyerswerda, à 50 km de Dresde environ) a beaucoup compté, car il a pu y fréquenter de nombreux théologiens dont le P. Congar, des philosophes ou universitaires comme Jean Guitton. Après la guerre, il fut aumonier de lycée et de Paroisse Universitaire (le mouvement des professeurs catholiques de l'enseignement public) ; il devint aussi membre du groupe des Dombes.
La fondation des semaines de réflexion s’appuie sur ces nombreux contacts humains. Le Père Fabre est entouré d'amis chers qui l'aideront tout au long de ces longues années. Le Tarnais Edmond Durand (1921-2006) et son épouse Raymonde, une Bretonne de Paris, tous deux enseignants du public, sont de ceux là. Un lieu a joué un rôle important, le domaine de Peyrégoux, à quelques kilomètres du village de Lautrec, 84 hectares dans le Tarn que l’abbé Fabre, dans les années 50, a achetés et cultivés lui-même au début .
C’est là qu’il a lancé des semaines de réflexion, l'été, à partir de 1961. L'été précédent, des lycéens du Mans et des étudiants ont séjourné là avec le père Michel de Verdière, aumônier du lycée Montesquieu du Mans. Les semaines des jeunes deviendront l'un des rendez-vous réguliers de l'été des Avents.
Dès 1963, il y avait 7 semaines consécutives, couvrant la totalité des vacances d’été : semaine des jeunes, semaine biblique (œcuménique), semaine de rencontre œcuménique, semaine de rencontre avec le judaïsme, semaine « incroyants », semaine « économie et humanisme ». Dès 1966 il faut dédoubler la semaine œcuménique, et la semaine « économie… » doit disparaître : les vacances d’été n’y auraient pas suffi.
Ces semaines en pleine campagne se déroulent dans des conditions très rustiques. La vie commune (y compris la vaisselle…) tient une place importante. Le dialogue est très actif, avec des intervenants de haut niveau. Des théologiens de renom, des experts au Concile, sont venus à Peyrégoux. Ces semaines, au fil du temps, ont disparu ou ont été reprises à d’autres niveaux : par exemple les semaines Israël ont été reprises par les instances nationales du dialogue judéo-chrétien. Seule la semaine œcuménique subsiste encore.

1.2. Le groupe des Dombes a fourni des intervenants mais aussi un modèle. L’abbé Couturier avait fondé ce groupe d’abord comme un lieu de retraite, de prière et de rencontre amicale. C’est progressivement qu’il est devenu un lieu d’échanges théologiques de plus en plus structuré. Mais le groupe des Dombes reste un lieu où s’expérimente une communauté de vie et de prière, à laquelle la réflexion vient s’ajouter. Le frère André-Etienne Goutagny, historien du groupe, témoigne de cette construction par étapes.
On retrouve ce schéma aux Avents, où l’abbé Fabre l’a transposé. Les intervenants aux semaines des Avents sont, aujourd’hui encore, des membres du groupe des Dombes pour certains d’entre eux. Ils y apportent et transmettent tout un esprit de convivialité et de dialogue. C’est un héritage important. Les Avents sont, si on peut employer ce terme issu d’un autre domaine, un « produit dérivé » du groupe des Dombes.
On peut remarquer au passage que c’est le P. Fabre, en décidant de se retirer en 1975, qui a instauré la limite d’âge au groupe des Dombes. Depuis, les théologiens se retirent à 75 ans, ce qui permet au groupe de coopter des théologiens plus jeunes et de maintenir une continuité des générations.

1.3. Confluence de ces sources.
A travers l’intervention de nombreux laïcs ou clercs, de théologiens divers, les semaines des Avents se sont construites sur l’échange,
– par la vie en commun,
– par une prière commune dont l’importance et le style ont varié,
– par une réflexion de haut niveau.


2. Evolutions

2.1. Du Tarn à l’Anjou.
Avec la retraite d’André Fabre, les semaines ne pouvaient plus avoir lieu sur son domaine privé. Il y a eu une année sans semaine (1976). C’est alors que Jean-Paul et Jacqueline Mérigeaux, fille et gendre du pasteur Hébert Roux, qui étaient déjà des habitués, ont découvert l’abbaye de Saint-Maur à l’occasion d’un synode régional de l’Eglise Réformée de France auquel ils participaient. Les semaines ont pu y redémarrer en 1977, dans un lieu exceptionnel de beauté et de qualité d’accueil : une chapelle romane entourée de rosiers, un corps de bâtiment du XVIIe siècle donnant sur la Loire, une piscine au milieu des vignes…
Les pères assomptionnistes ferment Saint-Maur du Thoureil en 1994. Une tentative de délocalisation à Luxeuil-les-bains en 95 échoue. A partir de 96 les semaines rejoignent le Centre spirituel diocésain à la Pommeraye, toujours en Maine-et-Loire. Aujourd’hui les Avents cherchent à évoluer, pas pour lâcher l’ouest, mais pour faciliter l’accès à ceux qui viennent de loin. Affaire à suivre.
L’association organisatrice a connu des présidents successifs : Edmond Durand, angevin d'adoption aux racines tarnaises, puis Jean Le Berre, parisien, puis Suzanne Martineau, de Poitiers. Actuellement, Francine Wild, de Nancy.

2.2. Evolution du mode de fonctionnement.
Les théologiens se sont succédé. A Peyrégoux, le pasteur Hébert Roux, observateur au concile, fut un fidèle, ainsi que le pasteur Georges Appia. Pendant les années 80 a dominé le duo que formaient le P. Joseph de Baciocchi et le pasteur Louis Lévrier, très complémentaires. Mais d’autres intervenants, selon les sujets, ont été sollicités : Jacques Desseaux venu encore quelques mois avant son décès brutal ; un peu plus tard, un jeune docteur en théologie roumain du nom de Romul Joanta, maintenant évêque dans son pays ; il y a eu aussi plusieurs fois le P. Maurice Jourjon.
Aujourd’hui le groupe des animateurs est plus régional, ce qui permet un travail de préparation commun. Des théologiens continuent à être invités pour une participation plus ou moins importante selon les sujets.
La durée a varié, de 6 jours pleins à un peu moins de 5 aujourd’hui. Il y avait une journée ou demi-journée de pause, consacrée au tourisme pour ceux qui ne connaissaient pas la région. Le manque de temps, le coût 




grandissant de l’hébergement, ont obligé à resserrer la durée de la « semaine » : aujourd’hui elle commence le dimanche soir et se sépare le vendredi à midi. Il a fallu aussi renoncer à la présence des enfants. A Peyrégoux, c’était encore le baby-boom, ils avaient leur maison à eux et des activités propres. A Saint-Maur, ils étaient entre 5 et 10, issus de deux ou trois familles. Aujourd’hui les règles de sécurité et d’encadrement rendent matériellement impossible d’accueillir les enfants, tous le regrettent.

2.3. Thèmes traités.
Le thème de la semaine est décidé démocratiquement pour l’année suivante à la séance finale. Actuellement, pour laisser une latitude au groupe des animateurs, on choisit trois sujets entre lesquels ils tranchent, et qu’ils précisent éventuellement.
Jusqu’aux années 90 les thèmes théologiques et spirituels ont dominé : l’espérance, le salut, la sainteté…
Les travaux du groupe des Dombes ont aussi les semaines des Avents comme lieu privilégié de réception : des semaines ont eu lieu sur « Esprit saint, Eglise et sacrement », « Le ministère d’unité dans l’Eglise universelle », récemment « Un seul maître ».
On trouve aussi dans le choix des sujets l’incidence des grands événements œcuméniques : le Rassemblement œcuménique européen de Bâle « Justice, Paix, sauvegarde de la création », celui de Sibiu « la construction de l’Europe » ; l’accord sur la justification signé à Augsburg par la Fédération luthérienne mondiale et l’Eglise romaine en 1999 a été le sujet de la semaine 2000, avec la participation du théologien luthérien André Birmelé.
Depuis une vingtaine d’années on sent une évolution vers des sujets plus pastoraux et plus actuels. Il y a eu ainsi une semaine sur la dissémination, une situation longtemps caractéristique des Eglises protestantes qui devient aussi celle des catholiques ; une sur le dialogue interreligieux ; une sur les questions éthiques.


3. Comment se passe aujourd’hui une semaine des Avents

3.1. Une semaine très structurée.
Pendant de nombreuses années, beaucoup de choses s’improvisaient sur place : on s’inscrivait d’un jour à l’autre pour participer à la préparation des prières ou des offices, et les animateurs, après avoir convenu entre eux d’une répartition des thèmes, travaillaient individuellement. Cette forme d’organisation donnait une impression de grande liberté et permettait un merveilleux accueil mutuel. Mais il y avait quelquefois des moments creux qu’il fallait accepter.
Actuellement la semaine est préparée en détail. Les animateurs font équipe, ils se retrouvent trois ou quatre fois dans l’année. Ils ont donc fait le tour de la question ensemble à l’avance. De même pour la liturgie, il y a deux responsables, qui pensent et préparent les cultes du matin et du soir en lien avec le thème. Seules l’eucharistie et la Cène sont préparées sur place par une équipe de volontaires.

3.2. L’œcuménisme dans le travail commun.
Dans ces conditions, les différents exposés se répondent et se complètent. Les intervenants sont de différentes origines ecclésiales, ils s’efforcent de montrer les différentes traditions, mais dès le début on avance tous ensemble sur un sujet commun. L’avantage est qu’on ne retombe pas dans un type de controverse où les différences deviennent automatiquement des oppositions.
En même temps, la part de l’enseignement magistral n’est pas considérable. Au contraire, une place importante est faite aux réunions en groupe de réflexion où on discute très librement et parfois vivement. Et quelquefois même on sort carrément du sujet proposé… Le va-et-vient entre les petits groupes et la grande assemblée est constant, à la fois organisé – avec les séances de mise en commun par exemple –, et spontané, lorsque des discussions particulières amènent à (re)lancer un débat.
Dans ce processus de dialogue, on ne sait plus très bien qui est catholique ou qui est protestant, anglican, orthodoxe… et surtout on voit parfois les uns ou les autres tenir des positions qu’on n’aurait pas attendues.

3.3. Liberté, détente, convivialité.
Cette semaine active et bien remplie conserve des temps de repos importants : on ne reprend pas avant 15 heures l’après-midi, et les soirées proposées sont en quelque sorte hors programme, totalement facultatives. Les temps de prière collective, jamais escamotés ni faits dans la bousculade, contribuent à l’équilibre de tous et de chacun.
Une attention particulière est portée aux pauses-goûters, jamais escamotées elles non plus, à l’accueil à l’arrivée, à l’évaluation en fin de semaine. La dernière demi-journée est consacrée tout entière à l’évaluation de la semaine qui s’achève et au choix du sujet pour l’année suivante. Elle se termine par un culte d’envoi.
Ces pratiques sont pour beaucoup très traditionnelles aux Avents, mais rediscutées chaque année. Le principe clair est que nous avons à nous accueillir les uns les autres. Cet accueil que nous vivons et construisons – pas toujours si facilement qu’on croirait – anticipe et figure la réconciliation entre Eglises que nous appelons. Vérité que nous ne proclamons pas explicitement à chaque coin de rue, mais qui est bien là.
Toutes les traditions évoluent, celle des Avents comme les autres. Le point fixe, jamais remis en cause, est le chant des Béatitudes. Chaque jour pendant la Semaine on se rassemble pour les chanter. Le texte et la psalmodie de style oriental sont venus d’un rassemblement annuel de la Paroisse Universitaire, on ne sait pas trop qui les a apportés aux Avents. Seule certitude, on chantait les Béatitudes dès 1963.


Perspectives en guise de conclusion

Les Avents ont des participants fidèles, mais peinent actuellement à renouveler leur public. Ce n’est pas un phénomène isolé. Toute la tradition œcuménique qui s’est développée depuis une centaine d’années et s’est particulièrement épanouie avec le Concile Vatican II semble marquer le pas, en lien avec la perte d’influence des Eglises institutionnelles.
L’ouverture du site internet, grâce à l’aide de notre ami James Barnett, prêtre anglican, excellent informaticien et webmaster dévoué, permet d’espérer atteindre largement le public intéressé, français ou francophone.
Des liens se nouent aussi actuellement avec les deux autres associations œcuméniques regroupant des laïcs, l’Amitié-Rencontre entre chrétiens et l’Amitié Œcuménique Internationale (IEF). Contacts personnels et liens sur les sites nous rapprochent.
Dans le même temps, les responsables et animateurs des Avents ont produit de petits ouvrages pour un large public, où ils tentent de faire passer l’idée de l’accueil mutuel, et l’importance du dialogue entre les chrétiens : on trouve sur notre site l’annonce du petit livre Entre chrétiens, plaidoyer pour l’unité, écrit par Suzanne Martineau, Eric Boone, Louis-Michel Renier, Denis Vatinel (éditions CRER, 2007). Il faut aussi faire connaître ce qui existe déjà, tout un travail accompli dans les Eglises et qu’on oublie trop : c’est le but du dépliant Panorama du dialogue œcuménique en France et dans le monde depuis 1895, par Suzanne Martineau, Louis-Michel Renier et Eugène Fourrier (éditions CRER).
Les formes de rencontre entre chrétiens évolueront. Mais le dialogue est nécessaire, il exige la rencontre, et celle-ci est toujours à reprendre.